Les néo-vandales* antipatrimoniaux (relais et commentaire d'info TVLux) : mégalithisme, chamanisme et celtisme

L'agence wallonne va porter plainte contre X, à cause de feux allumés le long du dolmen d'Oppagne qui, éteints à l'eau, en ont fragilisé la structure par thermocution. C'est le journaliste David Pierson, qui en traite sur TVLux, en donnant la parole à l'archéologue de l'AWAP (Agence WAllonne du Patrimoine) Christian Frébutte.
La vigilance se tourne aussitôt vers de supposés "rites chamaniques" (en fait néochamaniques) de ce que les fragments de dolmen perdus auraient été ramassés, "puis sûrement utilisés comme talismans", sans parler d'une couronne de gui certes "innocente", de la part de "druides qui n'ont rien à voir avec les mégalithes".
Bien que s'applique la présomption d'innocence, cette vigilance est partagée par les signataires de la Charte Ethique des Druides, ayant bien précisé que le chamanisme n'est pas le Druidisme, de vieilles sommités dans le milieu auraient-elles spéculé à ce sujet - telles que (au hasard, et sûrement fameux) le dubitable Jean Markale (pour un tas de raisons, on peut admirer sa plume de folkloriste ; non de chercheur... de même que d'autres infiniment moins connus, au hasard dénoncés à l'occasion de la diffusion de cet ouvrage).
De ce qu'il est permis de dire, le mégalithisme fut avant tout un art funéraire, orienté tendanciellement vers le Levant, tandis que quelques monuments - en tenant compte de la précession des équninoxes depuis 8 à 4 milles ans d'édifications - avaient certainement valeur (archéo)astronomique.
Néanmoins, à ce stade, nous observons que les dernières recherches avèrent l'édification de mégalithes toujours à l'ère proto-celte**, tandis que ces mêmes mégalithes furent utilisés à travers les âges ensuite*** - Celtes donc druides, compris, qui en firent probablement, comme les Basques, des affaires de Géants plus ou moins divinisés (Ogmios/Hercule et Tartaro en chefs).
De plus, avec les finesses astronomiques du calendrier de Coligny, il ne serait pas invraisemblable que des savoirs aient été véhiculés par les connaisseurs "ancêtres des druides" aux premiers druides-mêmes****. Cela s'entendrait, au hasard, des aztiak basques (sages, sagaces, conseillers) non-indo-européens comme les édificateurs de mégalithes, et l'ésotérisme court évidemment à la paronomase entre les jakinak (connaisseurs, en basque) et saint Jacques, avec son fameux pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle*****. Sans parler du réel conservatoire que sont les oralitures (traditions orales)******.
On peut railler l'ésotérisme. Comme les mythes néanmoins, c'est une forme de conservatoire commuté. Si la science des mythes est capable de remonter au paléolithique, sans parler du comparatisme dont elle procède (indo-européen en particulier, pour ce qui concerne spécifiquement les Celtes, encore qu'ils procèdent de substrats locaux)... et si les sciences du langage, nous viennent même avec du neandertalien...
... nous nous abstiendrons de conclure pour Christian Frébutte, et pas que Christian Frébutte.
Segodanios
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* Sauf notre respect pour les Vandales, clans germaniques descendus jusqu'en actuelle Tunisie, lors du déclin de l'Empire Romain.
** "Some megalithic constructions date back to the [Western European] Bronze Age." L'âge du Bronze (fin -IIe/début -Ier millénaire e.v.) correspond précisément à la période proto-celte dans de nombreuses régions atlantiques. L'article s'appuie sur des données chronologiques récentes, et montre que la construction mégalithique ne s'est pas arrêtée brutalement au Néolithique.
*** Ouvrage collectif entièrement consacré à la "biographie" des monuments préhistoriques (mégalithes, menhirs, dolmens) et à leur réutilisation continue à l'âge du Fer (période celtique), à l'époque romaine et médiévale. Plusieurs chapitres (ex. chap. 8 sur la Bretagne : "Back and Forward: Neolithic Standing Stones and Iron Age Stelae") documentent des cas concrets de réemploi rituel, funéraire ou symbolique par les populations celtiques de l'âge du Fer, c'est-à-dire celto-druidique.
**** Cet article analyse les aspects astronomiques du calendrier de Coligny, soulignant que "the astronomical format […] may well be far older" et que les calendriers sont extrêmement conservateurs ; il évoque même un possible ancrage néolithique ou proto-celte (-1er millénaire e.v.).
***** Les études récentes sur les mégalithes ibériques (dont le Pays basque et la zone atlantique) confirment que les constructeurs appartenaient à des populations non-indo-européennes (substrat linguistique basque/aquitanique/vasconique largement accepté, désormais apparenté à l'ibère) en parties absorbées par les Indo-Européens dont ressortent les Proto-Celtes et donc les Celtes. Les travaux génétiques et linguistiques post-2000 (ex. projets NEOSEA, études sur le substrat vasconique) lient explicitement ce groupe aux bâtisseurs mégalithiques de l'Atlantique. Le lien culturel basque avec le pèlerinage de Compostelle (rôle historique des Basques dans le chemin) est bien documenté dans l'historiographie récente. L'article et les synthèses Archaeopress sur les figurines et symboles mégalithiques ibériques soutiennent la dimension non-indo-européenne, et la continuité culturelle possible jusqu'aux époques historiques.
****** Cet ouvrage de synthèse (2002, par un spécialiste renommé des traditions irlandaises et celtiques) insiste sur le rôle central de la tradition orale chez les Celtes et les druides. L'auteur souligne que cette oraliture a fonctionné comme un véritable conservatoire vivant, permettant la préservation et la transmission de savoirs bien antérieurs à l'époque gauloise classique, y compris des éléments issus de substrats pré-celtiques ou de l'âge du Bronze atlantique. Il met en parallèle avec d'autres traditions orales européennes (dont des échos basques ou atlantiques) et montre comment ces oralitures ont survécu partiellement dans les textes médiévaux insulaires (Irlande, Pays de Galles) malgré l'absence d'écriture druidique.

